L’extrême droite et les médias sociaux au Nouveau-Brunswick

L'interface d'un téléphone intelligent mettant en évidence les applications Facebook et Twitter
L'extrême droite politique prend de l'ampleur à travers le monde, plusieurs blâment les médias sociaux (Photo: Pixabay)

La présence d'idéologies politiques d'extrême droite était considérée comme minuscule il y a quelques années au Canada. Toutefois, la formation ou plutôt l'expansion de groupes radicaux comme les Proud Boys n'est plus niable dans le climat politique actuel et le Nouveau-Brunswick ne fait pas exception à la règle relativement à cette tendance.

Le gouvernement canadien a récemment désigné certains groupes d'extrême droite comme des organisations terroristes, nouvelle qui a causé bien du remous sur la scène politique nationale.

Mais, l'un ne naît pas radical. Ce phénomène de radicalisation ne sort pas de nulle part. En jetant un regard vers notre société, il est possible de comprendre pourquoi les idéologies extrêmes font leurs entrées sur la scène politique actuelle.

Une introduction à l'extrême droite

Pour Gilbert McLaughlin, chercheur postdoctoral chez Center of hate, biais, and Extremism, l'extrême droite est définie comme un éloignement d'un centre qui, ce dernier était défini par les principes et les idéaux de la société libérale (libéralisme) dans laquelle on vit.

Libéralisme

On distingue le libéralisme économique et le libéralisme politique. Le libéralisme économique (capitalisme) considère que la recherche du profit et de l'intérêt personnel constitue le moteur du progrès. Le libéralisme politique désigne un régime politique fondé sur la pluralité des partis politiques, sur la liberté des citoyens de choisir leurs dirigeants et sur la conception d'un État capable d'arbitrer les conflits et de dégager des consensus.

(École de politique appliquée, Université de Sherbrooke)

Cette définition académique pourrait porter certaines personnes moins familières avec le jargon politique à confusion. Alors, concrètement, quelles sont les idées et valeurs mises de l'avant par l'extrême droite?

La réponse à cette question n'est pas si simple pour McLaughlin:

 

Selon le chercheur, ces idéologies se manifestent aussi par la montée en popularité de certains partis politiques comme l'Alliance des gens du Nouveau-Brunswick.

Bien que le courant soit présent, un questionnement est de mise sur le danger qui l'accompagne. La fréquence de violence politique est très rare au sein de la province. Généralement, l'agression de l'extrême droite se manifeste surtout de manière verbale selon les recherches de Gilbert McLaughlin.

Il ne faut pas aller trop loin dans le passé pour trouver des exemples de violences verbales. Lors des dernières élections, le président de la SANB a reçu des menaces de mort de la part des marges anti-francophones de la province.

Les facteurs dernière cette radicalisation

Au Nouveau-Brunswick, comme partout ailleurs dans le monde, l'idéologie d'extrême droite se propage rapidement sur la scène politique et sociale. Notamment, la montée du Trumpisme et la résurgence adjacente de groupes comme les Proud Boys sont accompagnées d'un lot d'influence. Cette ascension politique ainsi que le présent accru d'idéologie de droites en ligne sont à eux deux une partie de l'explication du déplacement de la fenêtre d'Overton vers la droite.

Fenêtre d'Overton

La fenêtre d'Overton, aussi connue comme la fenêtre de discours, est une allégorie qui désigne l'ensemble des idées, opinions ou pratiques considérées comme acceptables dans l'opinion publique d'une société.

Ici même, des groupes Facebook comme News-Brunswick Proud sont au centre de la controverse. Ces groupes qui font appel au patriotisme par titre seulement agissent en quelque sorte de pont vers l'extrême droite selon McLaughlin:

Gavin McInnes vêtu de blanc entouré de Proud Boy

Le Canadien Gavin McInnes est le fondateur du groupe Proud Boys (Photo: Associated Press)

« Ce phénomène-là en fait, amène des gens qui ne sont pas nécessairement des extrémistes. Des gens qui ont quelques opinions politiques, qui vont voter conservateur ou qui n'aiment pas le premier ministre Trudeau. Ils vont trouver un site qui confirme tous leurs biais politiques. À partir de ce moment, les sites vont différer d'autres informations auxquelles les gens n'auraient pas adhéré autrement. »

Le terme « fake news » est de plus en plus populaire, mais, selon McLaughlin, ce n'est pas nécessairement la méthode privilégiée de ces espaces internet:

 

En plus de créer plusieurs plates-formes de discussion, la droite est aussi grande gagnante de la guerre des mêmes au courant des dernières années

Meme internet

Concept (texte, image, vidéo) massivement repris, décliné et détourné sur internet de manière souvent parodique, qui se répand très vite, créant ainsi le buzz.

(Dictionnaire Larousse)

Cependant, pour Gilbert McLaughlin, l'efficacité de ces méthodes n'est pas encore prouvée. « Par exemple à la dernière élection fédérale, Justin Trudeau a clairement, mais sans aucun doute perdu la guerre de même. Tous les partis se sont mis sur lui. Passé la moitié des mêmes sur internet étaient sur lui. Pourtant Trudeau a gagné une majorité» mentionne le chercheur.

Ainsi, malgré leur présence accrue et leur influence sur le discours politique en ligne, il semblerait que l'impact sur les résultats électoraux reste, pour l'instant, négligeable.

 

L'extrême gauche et sa présence sur la scène politique

Bien que plus petite, l'extrême gauche occupe quand même certains espaces en ligne. Mais, victime du mouvement droitiste de la fenêtre d'Overton, la gauche perd largement le combat internet.

Depuis quelques années, la droite a les devants en ce qui concerne les groupes à caractère d'extrême droite selon Gilbert McLaughlin. La gauche quant à elle semble plutôt avoir planté son drapeau dans la sphère de l'humour. Par exemple, les sites satiriques sont surtout contrôlés par l'ouest idéologique.

La droite mène également le combat quant à la propagation de fausses nouvelles.

Somme toute, la présence d'organisme d'extrême gauche au Nouveau-Brunswick semble être très sporadique comparativement à ses adversaires situés de l'autre côté du spectre.

Une solution difficile à trouver

Selon Alexandre Cédric Doucet, président de la SANB, cette radicalisation est un problème de volonté politique:

« Présentement il n'y a aucun politicien au N.-B. ou au fédéral qui combat cette désinformation-là publiquement. D'après moi l'un des rôles majeurs de nos députés c'est un rôle d'éducateur. Personne ne fait ce rôle de vulgarisation pour donner aux gens de leurs circonscriptions de la vraie information. »

Pour McLaughlin, la responsabilité envers la radicalisation ne tombe pas sans équivoque sur les épaules d'une partie ou d'une certaine classe sociale, c'est plutôt une question qui se doit d'être posé:

« C'est une question de société, qu'est-ce qu'on veut avoir en ligne? J'ai toujours défendu la liberté d'expression à partir du moment où on n'essaye pas se corrompent les gens. »

Pour en savoir davantage au sujet de la désinformation, de la radicalisation et de la présence de mouvements politiques en ligne, écoutez l'entrevue complète avec Gilbert McLaughlin, chercheur postdoctoral chez Center of hate, bias, and Extremism :