Le Nkuu ou le téléphone africain dans la musique de Zekuhl

Zekhul en tenue africaine en spectacle jouant à la guitare
Atna Njock alias Zekhul jouant à la guitare lors d'un spectacle. (Crédit photo : Julie Taxil)

Le Nkuu (prononcé «Nkou») ou téléphone africain est l'un des premiers outils de communication humaine que l’on retrouve principalement en Afrique centrale. Celui-ci est au coeur de la dernière parution de Zekuhl, s'intitulant Tòòdana.

« Le Nkuu est un tambour sacré en bois avec fente, de forme cylindrique qui sert à communiquer en imitant la voix humaine avec ses tons graves, aigus et neutres et leurs combinaisons», nous dit Zekuhl. Cet instrument, précise-t-il, « reproduit les langues parlées par un système de codification ancestrale. Cela se fait avec des phrases rythmiques que le joueur initié reconnaît et traduit ». Il illustre, selon Zekuhl, « la construction rythmique du langage des tons. Il est utilisé dans les danses et événements traditionnels, les séances de guérison, les conversations simples et les annonces de la vie, du rite de la naissance à celui de la mort », poursuit-il.

Il faut savoir qu'Atna Njock alias Zekuhl est né au Québec. Il est, aussi, petit-fils d'un chef traditionnel. Il a grandi au Cameroun en Afrique Centrale. Il baigne et a été initié dans les traditions musicales de plusieurs ethnies africaines et camerounaises. Celles de sa tribu Bàsàa et celles des Pygmées Baka proches de son village Kaya. Par la suite, sa musique s’est enrichie avec le système tonal occidental et par le développement de notions musicales jazz, pop, classique et des variétés musicales contemporaines du monde.

Zekhul sur scène jouant le Nkuu sur fond scénique

Zekhul sur scène jouant au Nkuu ou le téléphone africain (Crédit photo Julie Taxil)

Et de la tradition du langage des tons ...

D'ailleurs, Atna Njock présente un atelier musical sur le langage des tons, guidé par l'instrument Nkuu ou téléphone africain. « Le langage des tons est la communication par le son et les rythmes basés sur des codes rythmiques ancestraux avec lesquels chaque phrase, reproduite de nos langues, a son propre rythme et sa propre mélodie. C’est l’expression de nos langues en musique », nous raconte-t-il.

Tòòdana, en exemple ...

Il nous invite à écouter son quatrième opus world jazz bantou, intitulé Tòòdana. Il est basé sur la tradition du langage des tons. Il allie les sonorités traditionnelles bantoues du Cameroun aux couleurs contemporaines du monde.

Illustration de la pochette Tòòdana utilisant le vert, le rouge et illustration du Nkuu

La maquette de l'album Tòòdana où le Nkuu ou le téléphone africain est très présent (Courtoisie de Atna Njock alias Zekhul)

Tòòdana signifie « Réveillez-vous ». Cet album présente douze compositions originales chantées en français et en Bàsàa, sa langue maternelle. L'album est un appel à « l’éveil de nos consciences, du dépassement de soi, de l’humain imparfait et merveilleux et du défi de vivre ensemble », confie Zekuhl. Le Nkuu est omniprésent sur l'album. Il transpose merveilleusement la tradition du langage des tons dans une orchestration moderne acoustique et électrique. Elle est portée par un groove soutenu, de riches arrangements rythmiques et mélodiques des percussions, instruments à cordes et à vents, tout en préservant une cadence très accessible et dansante.

Rappelons qu'Atna Njock, alias Zekuhl, est un multi-instrumentiste. C'est un fervent défenseur de la richesse musicale africaine. Il maîtrise autant les percussions que la guitare. Il excelle dans plusieurs styles musicaux camerounais, dont l’Assiko, le Bolbo, le Bikutsi, le Ndin, le Mangambeu, le Bol, le Makossa, le Mbalè, le Mpeya des pygmées Baka.

Soulignons qu' Atna Njock, alias Zekuhl, aime partager, également, la richesse de sa culture à travers les arts de la scène, des cours, des ateliers, et des conférences. Il a donné de nombreux spectacles : Festival international de Jazz de Montréal, Festival Nuits d’Afrique, Traditions du Monde de Sherbrooke, Francofolies de Montréal, Musique Multi-Montréal, Festivals de Jazz d‘Ottawa, Womad à Toronto et ailleurs.

Veuillez cliquer sur le lecteur pour écouter l'entrevue : 

S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments