Assemblée législative des T.N.-O. : le greffier accusé d’intimidation

Vêtu d'un toge officielle, le greffier de l'Assemblé législative des T.N.-O, Tim Mercer, s'exprime en chambre.
Le greffier de l'Assemblée législative, Tim Mercer, est en poste depuis 18 ans. (Capture d'écran: ntassembly.ca)
Thomas Ethier - CIVR - YellowknifeTNO | 19-02-2021

Le député de Tu Nedhé-Wiilideh, Steve Norn, réclame une enquête indépendante à l’endroit du greffier de l’Assemblée législative, Tim Mercer, qu’il accuse notamment d’abus d’autorité et d’intimidation à l’endroit d’employés de l’Assemblée et de députés. Un climat de travail que le haut fonctionnaire imposerait, selon M. Norn, «depuis 14 ans».

« Tim Mercer a accumulé beaucoup de pouvoir au fil des ans, qu’il a employé pour intimider, dégrader et terroriser les personnes qui se trouvent sous son autorité. Il a même menacé le bienêtre de membres élus de l’Assemblé législative », a déclaré M. Norn en conférence de presse, le 15 février. Le député réclame aussi la démission du greffier.

Le matin même, le réseau CBC rapportait les déclarations émises dans une lettre partagée par une employée du bureau de M. Mercer, April Taylor. Elle y ferait état d’un climat de travail toxique imposé, selon elle, depuis des années et à plusieurs employés. « M. Mercer dispose de beaucoup de pouvoir et abuse impunément de son autorité. Il a une humeur colérique, qu’il ne veut ou ne peut pas contrôler en milieu de travail», affirmerait notamment Mme Taylor.

(Écoutez la déclaration complète (en anglais) du député de Tu Nedhé-Wiilideh, Steve Norn):

Selon ce que rapporte la CBC, au lendemain de ces allégations, Mme Taylor aurait été suspendue avec solde jusqu’au 14 mars, dans l’attente d’une enquête pour bris de confidentialité. En regard de cette lettre, le Bureau de régie — constitué de deux ministres, de deux députés réguliers ainsi que du président de l’Assemblée, Frederick Blake — allègue que Mme Taylor a violé son serment de confidentialité, son code de conduite et son serment d’office en rendant ces allégations publiques.

Selon CBC, Mme Taylor indiquait dans sa lettre envisager que cette dénonciation puisse entrainer son congédiement. Les employés de l’Assemblée législative ne bénéficient pas de la protection pour les lanceurs d’alerte.

Des plaintes infructueuses

Steve Norn accuse également Tim Mercer d’ingérence au sein de l’Assemblée législative. «Le rôle du greffier se limite à guider les membres de l’Assemblée sur des questions de procédure, et à nous assister dans notre travail, point», a-t-il souligné en point de presse.

«Pourtant, ce greffier a profité de son rôle pour prendre des décisions unilatérales dans plusieurs dossiers, incluant l’embauche d’agents des offices indépendants, la gestion de politiques au sein de comités, et même dans le rapport sur les langues officielles, dont le contenu est pourtant étudié par les députés.»

«Quand moi-même et d’autres députés avons rapporté cette ingérence, M. Mercer a répondu de façon colérique, en employant un langage dégradant. Des allégations font même état d’attaques physiques», a souligné M. Norn, sans plus de détail sur cette dernière affirmation. En mai 2020, Northern News Services publiait une information anonyme selon laquelle le greffier aurait bousculé le ministre Shane Thompson. M. Mercer a, par la suite, admis avoir eu un vif échange avec le ministre, mais a nié une altercation physique.

Steve Norn affirme pour sa part avoir formulé trois plaintes au Bureau de régie contre M. Mercer. Aucune réponse n’aurait encore été fournie, ce que le député qualifie de préoccupant. «En raison de l’inaction du Bureau de régie et des représailles du greffier en réponse aux plaintes, je ne crois plus qu’une enquête suffise à réparer le mal perpétré par cet homme», affirme M. Norn, qui réclame la démission du greffier.

M. Norn est la troisième personne en moins d’une semaine à porter ce type d’allégations contre Tim Mercer. La directrice générale des élections des TNO, Nicole Latoure, a partagé une lettre au président de l’Assemblée législative ainsi qu’à 15 autres destinataires, le 12 février. Selon l’agence Northern News Services qui aurait vu la lettre, Mme Latour y accuse M. Mercer «de harcèlement continu», à son endroit.

«Un cirque médiatique»

Dans une déclaration qui aurait été émise par courriel au média Cabin Radio, Tim Mercer pointe une «attaque groupée» et un «cirque médiatique injuste» à son endroit. Il se dit persuadé que la vaste majorité des députés et employés qui travaillent ou ont travaillé pour lui ne corroboreraient pas ces allégations.

«La seule de ces allégations, qui semblent toutes être coordonnées, à avoir été mise à l’épreuve de quelque procédure que ce soit est celle de Mme Taylor. [Le Bureau de régie] aurait aussi constaté que ces allégations manquent cruellement de crédibilité, et qu’elles relèvent d’un manque de volonté, de sa part et de la part d’un petit nombre d’autres plaignants, de suivre un processus dirigé en bonne et due forme», écrit M. Mercer à Cabin Radio.

Ce dernier poursuit en indiquant qu’il compte se soumettre à l’examen «juste et impartial» de ces allégations, et qu’il ne cèdera pas à sans y répondre dans le cadre d’un «processus adéquatement dirigé, plutôt que dans le cadre d’un lynchage public et d’un cirque médiatique».

M. Mercer aurait fait l’objet d’allégations semblables en 2018, qui auraient été rejetées au terme d’une enquête du Bureau de régie. Or, les procès verbaux et rapports du Bureau de régie ne sont pas publics.

Médiation infructueuse entre Norn et Mercer

Dans un communiqué émis dans l’après-midi du 15 février, le Bureau de régie précise qu’un processus de médiation a déjà été entamé en décembre 2020 entre Steve Norn et Tim Mercer, pour se conclure sans succès en janvier 2021.

Le tout fait suite à un conflit survenu à la réunion du caucus de l’Assemblée législative.

« Le médiateur a indiqué au président de l’Assemblée que la médiation avait échoué, souligne le Bureau de régie. Compte tenu de l’échec de la médiation, le Bureau de régie s’est rencontré le vendredi 12 février 2021 pour se pencher sur cette question, et il a entendu le témoignage de M. Norn. Le Bureau est en train de déterminer quelles seront les prochaines étapes pour l’ensemble de ces questions. »

Le Bureau de régie confirme, par ailleurs, avoir discuté des dénonciations faites par Mme Taylor et par la directrice des élections au cours de réunions tenues à huis clos les 11 et 12 février, respectivement.

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